T'es beau comme un camion !
Afin de couper court à toutes les supputations que pourrait entraîner une introduction volontairement digressive, oui, le petit gros avec la coupe de cheveux surréaliste, c'est moi aux côtés de mon grand dadais de frangin !
A une époque décadente où l'expression "se peigner" ou encore "aller chez le coiffeur" ne faisait pas partie du vocabulaire, l'expression "ressembler à rien" prenait alors tout son sens...

Affublé de ce look de vainqueur, j'étais alors prédestiné à faire une entrée fracassante dans le monde des grands de ce monde... Le destin, la mode vestimentaire et surtout capillaire en ont décidé autrement et me voilà ce soir devant mon écran en train de taper ces quelques lignes.

"t'es beau comme un camion !" Voilà sans doute ce que ma très chère maman a prononcé avant le déclic photographique fatal stoppant définitivement le déroulement du temps sur ce petit bout de papier.
Revenons seulement un instant sur cette expression qui défie l'entendement :
"t'es beau comme un camion !".
Si l'on en croit le dictionnaire de TV5, j'étais alors beau comme un "véhicule automobile de grandes dimensions servant au transport des marchandises". Et là de me poser cette question existentielle : pourquoi un camion ? Pourquoi moi ?!
J'ai beau y regarder de plus près, je ne comprends pas bien l'allusion, et pourtant je vois encore la tendresse paraître dans les yeux de ma maman lorsqu'elle prononçait ces quelques mots : "t’es beau comme un camion !".
Elle y croyait sincèrement !
M'enfin un camion quand même ! Maman, voyons !

Bon d’accord, avec le poulpe qui me sert de coupe de cheveux et ma bouille de bouledogue et… mais attendez voir ! Ma bouille de bouledogue…
C’est ça ! J’AI TROUVE !
Cette expression "t’es beau comme un camion !" est le fruit de l’amour maternel, que rien ne peut arrêter ! Chaque femme voit en son enfant un BMTCQRAR (plus c’est moche, plus t’as envie de l’aimé). Bien sûr, elle ne peut décemment pas dire : "Mon fils ressemble tellement à rien que je l’adore !". Non, clairement, ça fait tâche en société ! Alors la maman invente le subterfuge de la métaphore familiale, une expression bien à elle pour traduire l'amour qu'elle porte à son enfant : d’où le camion pour ma poire !

D’autres dans ce monde doivent être beau comme un deltaplane, un congélateur ou encore une moissonneuse batteuse... moi c'est le camion ! C'est mon totem !
D'autres encore étaient "beau comme un Prince", "beau comme un Dieu"... moi j'étais seulement "beau comme un camion".

Monde de merde…